Carburant – subvention Haïti : subvention du carburant, arrêter l’hémorragie !

La question du carburant en Haïti, on ne cesse d’en parler sur des formes diverses dans les couloirs des institutions publiques et privées, des Universités, des locaux des syndicats de chauffeurs, des foyers les plus modestes étranglés par la hausse des denrées alimentaires. C’est bizarre ! On en fait, au quotidien, très peu d’écho dans les médias. Néanmoins, il s’agit d’un sujet hautement économique, politique et social ; car le pétrole et ses dérivés s’avèrent une source d’énergie stratégique.

Depuis le mois de mars 2011, le gouvernement haïtien a gelé les prix du carburant à la pompe. Cette intervention de l’Etat permettait d’assurer la stabilisation des prix de l’essence et prévenir d’éventuels mouvements de protestations populaires qui auraient pu déboucher sur des situations politiques chaotiques. Il s’agissait alors d’une décision louable vu l’état déplorable dans lequel vivait la population assenée des coups mortels du séisme du 12 janvier 2010.

Cette stratégie de l’Etat haïtien, qui a crée un déficit budgétaire énorme, n’est pas sans conséquences sur la mise en œuvre des politiques publiques orientées vers les domaines de la santé, de l’éducation et de la création d’emploi entre autres. Aujourd’hui, on est arrivé à un carrefour décisif où s’impose donc un choix économique intelligent et bénéfique à la collectivité. Il convient de réformer le programme de subvention des produits pétroliers en Haïti. Autrement dit, revenir à la décision prise par l’Etat haïtien en mars 1991 au sens de libéraliser le marché des produits pétroliers tout en y exerçant son droit de contrôle.

Le décret sur les droits d’accise variables selon lequel les prix à la pompe devraient être réajustés selon la marge de +- 5 % quand le prix varie sur le marché international a été promulgué le 9 mars 1995. Son application a été effective en janvier 2003. Les retombées en disent long. Et puis, s’en viennent les décisions qui ont bouleversé l’échiquier économique et social.

La politique subventionniste appliquée par le gouvernement haïtien à partir de mars 2011 charrie des  implications macroéconomiques, environnementales et sociales. « Les subventions peuvent décourager les investissements dans le secteur de l’énergie, évincer d’autres dépenses publiques qui permettraient de renforcer la croissance, de créer des incitations à la contrebande, et sur le long terme, diminuer la compétitivité du secteur privé», selon Dr Eddy Labossière expliquant que « les effets des subventions sur la croissance vont même au-delà de certains effets pervers, tel leur impact négatif sur les soldes budgétaires et sur la dette publique ».

L’ajustement automatique des prix de l’essence apparait comme une réalité incontournable. Maintenant comment amener la société globalement, les groupes de pression, les consommateurs haïtiens à comprendre la dynamique d’endettement du pays par la subvention du pétrole, et d’accepter le mécanisme de changement automatique des prix à la pompe comme alternative ?

Comment éviter de compliquer la vie de la population surtout les plus démunis, en prenant une telle décision, si des mesures d’accompagnement ne sont pas envisagées? La subvention du produit pétrolier constitue un goulot d’étranglement pour les finances du pays. Car malgré l’avantage apparent apporté par la stabilité des prix actuellement pour les consommateurs, la subvention participe à la paupérisation croissante de la société et à l’endettement du pays. Dans cette tangente, le choix du moindre mal s’impose en adoptant des mesures d’accompagnement efficaces tout en envoyant un signal clair vers l’amélioration des conditions de vie des couches défavorisées.

Le timing. Éliminer les subventions à l’énergie doit s’inscrire dans le cadre d’un timing bien réfléchi et dosé. « Etant donné la situation actuelle, on ne peut faire de mouvement trop brusque sur les prix des produits pétroliers, pour éviter des catastrophes beaucoup plus graves », avait soutenu un ancien ministre. Une diminution brusque des prix de l’essence peut entraîner une nette dévalorisation de la gourde par rapport au dollar. L’Etat dans ces conditions aura besoin de plus de gourdes pour acheter les produits importés en dollar.

« La stabilité des prix des produits pétroliers sur le marché local, résultante de la non-application du décret du 9 mars 1995, donne lieu à des pertes de recettes de plus en plus importantes pour le Trésor public, évaluées à 6,1 milliards de gourdes en 2012, soit 1,8 % du PIB. La subvention en Haïti prend de l’ampleur d’une année à une autre. En effet, sur les quatre dernières années, les pertes totales de recettes pour le fisc s’élèvent à 17,1 milliards de gourdes, avec une augmentation de 46 % en 2012-2013 contre 6 % en 2011-2012. Ce qui représente en moyenne annuelle 11,2 % de perte en termes de recettes fiscales », a soutenu l’économiste Eddy Labossière. Les prévisions pour les années 2014 ; 2015 et 2016 donnaient davantage d’amertume. Il faut stopper l’hémorragie !

Leclerc Jean-Charles

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